DENIS HIRSON 2005 - Exhibition Amour Nu

On Jeanclaude Reverdy’s Paintings

 

On the way back from the exhibition of Jeanclaude Reverdy’s paintings, a voice over the car-radio came singing words that rang through me: “The stakes have never been so high”. I opened the car door to a cool wet evening, wondering why that line should apply to the paintings, why they should have instantly inhabited me and continue to do with such urgency.

 

A man fuses with a woman, on canvas after canvas. This act is not painted from the outside: the starting point is not the figures themselves, but something enclosed between them. From within the pulse of fusion itself, the lovers barely emerge. They form two inwardly curved planes of a single touch, their separateness from each other and from the surface behind them in the process of being surrendered, as one might surrender a horizon to quarry a vision more deeply. The paintbrush has entered a hidden surface of the canvas: it does not portray, but uses pigment as a means of transport, reaching the field of forces of desire and leaving the trace of its journey behind.

 

Look away from the paintings and it is their light that stays in the mind. Look back, and see how slenderly the light takes on sombre, muscular volumes, a shoulder, the small of a back, bodies almost claimed by obscurity. The light has not been added to the paintings but has escaped from inside their emotion, swiftly as the survivor of a fire. The colours are elemental: they invoke flame, olive oil, earth pitted with rain, sunlight on baked clay; colours that have been woken by moisture or heat, with an immediate, essential smell to them.

 

In several paintings, a path narrows from the foreground to where two lovers meet in the woods. Along the path a streak of lime leading to them, a streak of burnt orange. These lovers are not alone. A third person stands behind a tree, which serves not only to hide him but also divides the night diagonally. With this stranger’s uneasy glance, a story begins. The squeeze of acid light on the path could be this stranger’s jealousy, what he has gleaned of desire and can neither attain nor digest. He could also be the painter, who has separated the lovers from the skin of their night, who must despite himself see what he paints from the outside though his quest and pact is with invisibility.

 

In one painting, this third figure is approached by an animal, a rodent, the creature of his instinct, witness with him of two lovers engaged in ritual dance. So he is alien and of them, their rhythmic, anima approach and ultimate devouring of all boundaries. Next to that painting another, Eve in the garden bearing the apple, both of these at the entrance to the exhibition, introducing its subject, which is inner knowledge, between a man and a woman, between a painter and his dark and luminous materials, a knowledge hewn from love, hardly glimpsed before it is lost and must be hewn again.

 

I closed the car door and walked through the rain-cleaned night with the words of the song repeating themselves, “there has never been more at stake”; no more nor less that the knowledge hidden in desire, and no hope if against darkness desire cannot be ignited.

 

Denis Hirson, 2005,

Exhibition Amour Nu

 

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Propos sur les peintures de Jean-Claude Reverdy

 

Sur le chemin de retour de l’exposition des peintures de Jean-Claude Reverdy, dans la voiture une voix à la radio hantait des mots qui résonnaient en moi : « L’enjeu n’a jamais été aussi grave ». J’ouvris la portière de la voiture dans une soirée fraîche et humide, me demandant pourquoi ces mots me faisaient penser aux peintures, pourquoi ils m’avaient habité instantanément et continuaient de le faire avec une telle urgence.

 

Un homme fusionne avec une femme, toile après toile. Cet acte n’est pas peint du dehors : le point de départ n’est pas les figures elles-mêmes, les amants émergent à peine. Ils forment, en train de s’abandonner, deux plans courbés vers le dedans d’une seule touche, séparés l’un de l’autre et de la surface derrière eux, comme on pourrait renoncer à l’horizon afin d’extraire une vision située plus en profondeur. Le pinceau a pénétré une surface cachée de la toile : il ne représente pas, mais utilise les pigments comme un moyen de transport, atteignant le champ des forces du désir et laissant la trace de son voyage derrière lui.

 

Détournez le regard des peintures, et c’est leur lumière qui demeure dans l’esprit. Regardez à nouveau, et voyez avec quelle finesse la lumière revêt des volumes sombres et musclés, une épaule, le creux d’un dos, des corps presque happés par l’obscurité. La lumière n’a pas été ajoutée aux peintures mais s’est échappée de l’intérieur de leur émotion, aussi vite qu’on échappe à un incendie. Les couleurs sont élémentaires : elles évoquent les flammes, l’huile d’olive, la terre creusée par la pluie, le soleil sur l’argile desséchée ; des couleurs qui, ayant été réveillées par l’humidité ou la chaleur, dégagent une odeur immédiate, essentielle.

 

Dans plusieurs peintures, un chemin va en se resserrant depuis le premier plan jusqu’à l’endroit où deux amants se rencontrent dans les bois. Le long du chemin une traînée jaune citron conduit à eux, une traînée d’orange brûlée. Ces amants ne sont pas seuls. Un troisième personnage se tient debout derrière un arbre, qui sert non seulement à le cacher, mais aussi à partager en diagonale la nuit. Avec le regard trouble de cet étranger, une histoire commence. La coulure de lumière acide sur le chemin pourrait être la jalousie de cet étranger, ce qu’il a glané du désir et ne peut ni atteindre ni digérer. Il pourrait aussi être le peintre, qui, ayant séparé les amants de la peau de leur nuit, doit voir malgré lui ce qu’il peint du dehors, bien que sa quête et son pacte soient avec l’invisibilité.

 

Dans une autre peinture, s’approche de ce troisième personnage un animal, un rongeur, la créature de son instinct, témoin avec lui de la danse rituelle à laquelle se livrent deux amants. Ainsi il est étranger à eux et il fait partie d’eux, de leur approche rythmique et animale, de leur ultime dévoration de toutes limites. À côté de celle-ci, une autre peinture, Eve dans le jardin apportant la pomme. Les deux peintures sont à l’entrée et présentent le sujet de l’exposition qui est la connaissance intérieure, entre un homme et une femme, entre un peintre et ses matériaux obscurs et lumineux ; une connaissance taillée dans l’amour, mais qui, à peine dévoilée, se perd et doit être taillée à nouveau.

 

Je fermai la portière de la voiture et marchai à travers la nuit balayée par la pluie, avec les paroles de la chanson qui se répétaient dans ma tête : « Il n’y a jamais eu un tel enjeu » ; ni plus ni moins que la connaissance cachée dans le désir, et aucun espoir si, contre l’obscurité, le désir ne peut être enflammé.

 

 

Denis Hirson, 2005,

Exposition Amour Nu